Le Château de Fénelon : histoire, visite et vie locale en Périgord Noir
Introduction au Château de Fénelon Le Château de Fénelon se dresse fièrement sur son éperon rocheux, surplombant la vallée de la Dordogne et le...
Si chaque village du Périgord s’égaye de ses foires et marchés, à Veyrignac, la tradition trouve un écho singulier dans la manière dont les habitants font perdurer – et parfois réinventent – leurs rendez-vous saisonniers. Plusieurs coutumes rythment l’année, chacune portant la marque d’un attachement profond à la terre et à la communauté.
Le feu de la Saint-Jean, fin juin, tient une place particulière à Veyrignac. Cette fête, héritée d’antiques rites solaires, réunit chaque année plus de 200 personnes (soit presque le double de la population du village hors-saison) pour une veillée autour du brasier, sur la vaste prairie du « Cambelet ». Si le feu de la Saint-Jean est célébré ailleurs en Périgord, à Veyrignac, l’usage veut qu’on y chante exclusivement en occitan le fameux « Se Canti » avant de sauter par-dessus les dernières flammes, gage de bonheur pour l’année à venir (La Dépêche).
Le 15 août
Le Périgord et ses villages sont profondément marqués par l’agriculture, mais certaines pratiques se sont maintenues de manière plus soutenue à Veyrignac, en raison de la géographie et de la transmission familiale.
Alors que nombre de villages ont tourné la page du tabac, quelques familles maintiennent à Veyrignac la culture et le séchage à l’ancienne, avec encore 4 séchoirs en activité en 2023 (Sud Ouest). Une singularité quand on sait que la filière a disparu dans la quasi-totalité du département. Il n’est pas rare d’assister, en septembre, à la cueillette communautaire, où amis et voisins prêtent main forte « à la feuille », perpétuant le geste tout en partageant le casse-croûte sous les granges.
La chasse à la palombe, pratiquée depuis des siècles à l’automne, demeure une passion fédératrice. Les palombières, installations semi-camouflées au sommet des chênes, sont souvent transmises de génération en génération. À Veyrignac, les « tonnelles » servent aussi, hors saison, de lieux de réunion pour discuter et transmettre les récits de chasseurs chevronnés.
Bien entendu, le Périgord célèbre le foie gras, la truffe, la noix. Mais à Veyrignac, on observe des réinterprétations et un art de recevoir qui s’est adapté à l’époque, tout en préservant l’esprit du partage.
À Veyrignac, le tissu social repose sur des mécanismes subtils et inclusifs, parfois méconnus hors de la vallée.
Ce geste, peu visible pour le visiteur, consiste à faire passer les nouvelles et invitations de bouche à oreille, « de maison en maison ». La tradition du passaïre refuse l’usage systématique du téléphone : la proximité humaine et le détour par la porte ou la terrasse restent de mise pour annoncer un baptême, une fête, ou prévenir d’un changement dans la vie du village. Ce relais, en voie de disparition ailleurs, est soigneusement maintenu ici.
L’hiver, les longues soirées voient (re)naître la tradition des veillées. Qu’elles soient improvisées après la messe ou planifiées à l’occasion de la fête de la Sainte-Lucie, elles réunissent petits et grands autour de lectures, chansons, parfois même d’enregistrements ou de projections d’archives familiales. Plus qu’une nostalgie, c’est une forme d’actualité : en 2022, six veillées collectives se sont ainsi tenues, contre trois seulement dix ans plus tôt.
Au-delà des grandes « maisons de maître », Veyrignac offre un visage pittoresque avec ses maisons de taille modeste, reconnaissables à leurs toits de lauzes ou d’ardoises locales. Mais certains usages résident dans l’emploi de ces bâtis.
Veyrignac compte encore une douzaine de cahus (petites cabanes en pierre sèche, ou gariottes) utilisées lors des travaux aux champs ou pour abriter les repas lors de la fenaison. Il reste également deux cluzeaux (habitats troglodytiques), ouverts chaque année à la visite dans le cadre des Journées du Patrimoine, et régulièrement entretenus par des bénévoles.
Le bourg dispose de deux anciens lavoirs, entièrement restaurés en 2008, qui servent désormais de points de rendez-vous, d’espace de conte pour les enfants, et de scène improvisée lors des fêtes d’été. Cette réutilisation communautaire donne une vie nouvelle à un patrimoine longtemps négligé.
Les coutumes locales de Veyrignac façonnent un art de vivre faisant la part belle au collectif, à l’histoire et à la nature environnante. Entre transmission et adaptation, ces traditions irriguent la vie quotidienne et invitent à repenser la ruralité comme une force d’innovation lente. Elles illustrent la capacité d’un village à puiser dans son passé des raisons d’écrire son présent sans jamais cesser d’inventer des formes nouvelles de lien et de fête.
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