Voyage autour de la noix : racines et richesses du terroir de Veyrignac

17/01/2026

Veyrignac, village au cœur du pays de la noix

Quand on arpente les routes sinueuses du Périgord Noir, il est impossible de manquer les silhouettes noueuses des noyers qui ponctuent le paysage. Autour de Veyrignac, la noix n’est pas qu’un fruit : elle façonne le territoire, en dessine les courbes et imprime son rythme à la vie locale. La culture de la noix a ici une histoire aussi riche que savoureuse, faite de traditions, d’ingéniosité et de diversité naturelle.

Un savoir-faire inscrit dans l’histoire du Périgord

La noix accompagne l’homme du Périgord depuis plus de 17 000 ans – les fouilles de la grotte de Laugerie-Basse ont révélé des coques fossilisées (Source : INRAE). Mais c’est au Moyen Âge que sa culture prend son essor : une ordonnance royale de 1730 impose “un noyer par habitant”. En Dordogne, la tradition du noisetier plan (noyer franc) traversera les siècles.

  • La France, premier producteur européen de noix : la France (Terredenoix.com) récolte en moyenne 40 000 tonnes/an, dont 7 000 à 8 000 tonnes pour la seule Dordogne, qui demeure le bassin historique.
  • Une IGP “Noix du Périgord” : instaurée en 2002, cette indication géographique protégée certifie l’origine locale et le respect de méthodes traditionnelles, gages de qualité.

Le noyer, arbre des générations

À Veyrignac, de nombreux noyers centenaires témoignent de ce lien ancestral. Leurs troncs parfois tortueux côtoient les jeunes plantations, preuve vivante de la transmission entre générations de familles agricoles. Autrefois, l’huile de noix fabriquée au moulin servait d’ingrédient, d’éclairage et même de monnaie d’échange !

Le poumon économique caché du village

Une ressource clé pour les agriculteurs locaux

  • La noix constitue un complément de revenus important pour de nombreuses petites exploitations rurales. Nombre de familles de Veyrignac et des communes voisines entretiennent quelques hectares, alliant polyculture et vergers.
  • Le territoire de Sarlat et la vallée de la Dordogne regroupent plus de 1 000 exploitations ayant au moins une activité liée à la noix (Source : Notre Temps). Il s’agit la plupart du temps de petites surfaces, entre 1 et 5 ha.

Transformation et diversification

Ce fruit singulier ne se limite pas à la commercialisation à l’état brut. La filière locale sait innover :

  • Huile de noix (avec un pic de production en automne et des pressoirs artisanaux locaux)
  • Noix de table et cerneaux entiers, prisées dans la gastronomie régionale
  • Nouveaux produits : pâtes de noix, biscuits, confiseries, vins de noix, liqueurs

Cette diversification crée de la valeur, génère de l’emploi saisonnier et attire les visiteurs curieux de circuits courts et de patrimoine gourmand.

Produit Volume annuel France Principale utilisation
Noix sèches +30 000 tonnes Consommation directe, pâtisserie
Cerneaux (décortiqués) 7 000 tonnes Snacking, industrie, export
Huile de noix 600 000 litres Cuisine, cosmétique

(Source : FranceAgriMer, 2022)

Tourisme et rayonnement du terroir

La noix contribue également à la spécificité touristique et culturelle du Périgord Noir. À la belle saison, marchés, fêtes et balades guidées rythment la vie des villages. À Veyrignac : la fête de la noix voisine attire chaque année des centaines de visiteurs, ravis de découvrir la fabrication de l’huile à l’ancienne ou la cueillette manuelle, perpétuée par des familles passionnées.

Le paysage modelé par le noyer

Impossible d’imaginer les coteaux de Veyrignac sans leurs alignements de noyers. À l’automne, la lumière dorée fait ressortir les teintes cuivrées des feuilles, les haies abritent une faune discrète et le sol s’ourle de coques craquantes. Le noyer façonne la mosaïque bocagère, protège le sol de l’érosion et tempère le climat local.

  • Noyer : un arbre utile : ses racines maintiennent les talus, il offre du bois durable apprécié en ébénisterie, et son feuillage constitue un refuge apprécié des oiseaux, écureuils et insectes.
  • Les vergers bocagers entretenus grâce à la récolte perpétuent la diversité du paysage, là où d’autres cultures intensives ont nivelé la campagne.

Un auxiliaire de biodiversité

Le noyer, par son enracinement lent et profond, favorise la microfaune des sols et la pollinisation croisée. Dans la région, certains insectes (comme le Xyleborus dispar ou le Anisandrus dispar) sont directement liés aux arbres anciens, et les haies de noyers sont un relais pour des essences locales (Source : INRAE, FREDON Nouvelle Aquitaine).

Traditions et gastronomie autour de la noix

À Veyrignac, la noix se retrouve dans toutes les cuisines : à l’apéritif, en pain, sur la salade de chèvre chaud, ou transformée en liqueur. Les recettes varient d’une famille à l’autre, mais la place d’honneur reste celle de la tarte aux noix, dessert emblématique des repas de fête.

Anecdotes du terroir

  • Il faut compter environ 20 kg de noix fraîches pour obtenir un litre d’huile de noix, un travail long mais qui fait la fierté des moulins locaux !
  • La tradition veut que l’on plante un noyer à chaque naissance dans la famille : ainsi, il croît en même temps que l’enfant, et abrite sa vie durant souvenirs et jeux d’enfants.
  • Dans le passé, l’huile de noix était également utilisée pour l’éclairage des lanternes et lampes à huile.

L’éveil des sens à la saison de la récolte

À l’automne, une douce agitation s’empare des chemins : bâtons pour faire tomber les fruits, grandes toiles déroulées sous les branches, broux sur les mains… La récolte des noix mobilise familles, amis et voisins, unissant toutes les générations. Le parfum d’huile qui flotte près du vieux moulin de Domme ou de Sarlat se mêle à la mousse, aux feuilles. C’est là, plus que dans toute brochure, qu’on ressent ce que “terroir” signifie.

Préserver l’avenir : défis pour la filière noix à Veyrignac

La noix, symbole d’authenticité, doit aujourd’hui relever d’importants défis :

  • Changements climatiques : la sécheresse affecte la floraison et la taille des coques ; l’adaptation variétale devient un enjeu clé (Source : FranceAgriMer, “Plan de relance noix 2022”).
  • Pression de parasites et maladies : la mouche du brou (Rhagoletis completa) et la bactériose progressive inquiètent les producteurs.
  • Renouvellement des arbres : en Dordogne, près de 35 % des noyers ont plus de 50 ans. Les replantations sont pourtant essentielles au maintien du paysage, du patrimoine génétique et du tissu social local.

Face à ces enjeux, la filière locale s’organise : sélection de nouvelles variétés, maintien des savoir-faire, valorisation en circuits courts et soutien à l’agroécologie. Ces initiatives conjuguent modernité et respect de la tradition, perpétuant l’attachement des habitants à « leur » noyer et au fruit de leur terre.

Un patrimoine vivant, au fil des saisons

Des sentiers de Veyrignac à la table familiale, la culture de la noix se lit autant dans le paysage que dans les gestes répétés d’année en année. Derrière chaque panier posé le long d’un chemin ou chaque bouteille d’huile dorée, il y a l’histoire d’un terroir vivant qui sait allier innovation et mémoire, sens du partage et respect de la nature. Préserver la place centrale de la noix, c’est garder intacte l’âme du pays – et offrir à chacun une invitation à goûter au plus intime du Périgord Noir.

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