Des champs d’hier aux terroirs d’aujourd’hui : les savoir-faire agricoles qui subsistent à Veyrignac

24/01/2026

L’agriculture à Veyrignac, entre mémoire et quotidien

Au cœur du Périgord Noir, Veyrignac cultive bien plus que ses terres. La vie agricole n’a jamais quitté le village : elle se lise dans le paysage, dans la mosaïque de champs, de prés et de bosquets qui dessinent sa silhouette. Ici, l’activité rurale oscille entre traditions séculaires et adaptations contemporaines, un équilibre précieux où le passé nourrit encore le présent.

Dans un contexte de déclin généralisé des exploitations agricoles françaises – la France a perdu 21% de ses fermes entre 2010 et 2020 (Agreste, 2021) –, la Dordogne, et Veyrignac avec elle, résistent à leur manière à l’effacement du monde paysan. Quelles sont donc ces méthodes héritées des anciens, encore vivantes dans les campagnes veyrignacoises ? Plongeons dans ce paysage qui raconte beaucoup plus que ce que l’on imagine.

La polyculture, pilier de la tradition locale

La polyculture – c’est-à-dire l’association de différentes cultures et de l’élevage sur une même exploitation – demeure la pratique reine à Veyrignac. Son avantage ? Elle renforce la résilience des fermes, limite les pertes et diversifie les ressources d’une famille, tout en préservant la biodiversité.

  • Céréales : Blé, orge et maïs ont longtemps dominé les champs, utilisés autant pour la vente que pour l’alimentation du bétail.
  • Légumineuses : Haricots, pois chiches et lentilles, cultivés en alternance avec les céréales, enrichissent naturellement le sol en azote, réduisant le besoin d’engrais chimiques.
  • Verger familial et maraîchage : Pommiers, poiriers ou pruniers voisinent souvent avec un coin potager. Encore aujourd’hui, de nombreuses familles du village maintiennent ce modèle, vendant parfois leurs surplus sur les marchés locaux (cf. marché de Groléjac, tous les mardis matin de mai à septembre).

Cette diversité se traduit également dans le paysage : haies bocagères, petites parcelles encloses de murets, puits, cabanes et granges de pierre jalonnent encore la campagne et racontent la diversité des usages.

Le châtaignier, l’arbre nourricier et compagnon de l’homme

Difficile de parler d’agriculture traditionnelle en Dordogne sans évoquer le châtaignier. Appelé parfois “arbre à pain” ou “arbre des pauvres”, il a longtemps été un pilier de l’alimentation à Veyrignac (comme dans une grande partie du sud-ouest).

  • La récolte des châtaignes en automne, encore pratiquée par plusieurs familles, nourrit souvenirs et tablées : farine de châtaigne, grillades au feu de bois, ou simple encas sous la forme de marrons bouillis.
  • De nombreux chemins du village traversent d’anciennes châtaigneraies, où le sous-bois est tapissé de bogues en octobre-novembre : à explorer notamment vers la route des Balmes ou les sentiers qui descendent vers la Dordogne.
  • Le bois de châtaignier, imputrescible, est encore utilisé pour fabriquer des clôtures, piquets ou des tuteurs pour les vignes traditionnelles – un artisan-bûcheron local propose même des stages de taille et de travail du bois (renseignements possibles auprès de la mairie).

Le Parc naturel régional Périgord-Limousin recense 50 000 hectares de châtaigneraies dans le département, dont une bonne part entretenue dans l’esprit des usages d’autrefois (Parc Périgord-Limousin, 2023).

L’élevage familial : des prairies aux étables

Si les grandes exploitations laitières ou bovines ont tendance à se raréfier, à Veyrignac, l’élevage reste souvent une affaire de petite échelle et de familles. Les animaux constituent autant de compagnons indispensables à la ferme qu’une assurance sur l’avenir.

  • Le mouton et la chèvre sont privilégiés pour la production de lait, de fromages et d’agneaux. Plusieurs cabanes en pierres sèches appelées “bories” jalonnent encore les pâturages, témoin du passé pastoral du secteur.
  • Les poulaillers de ferme continuent de rythmer le quotidien, offrant œufs frais et, selon la tradition, un poulet à rôtir pour le repas dominical. Lors de fêtes locales, on peut parfois goûter au fameux tourin à l’ail servi avec du pain grillé et des œufs battus.
  • On retrouve aussi quelques porcs élevés en plein air, souvent nourris avec les restes des cultures et les sous-produits de la ferme, un modèle qui limite le gaspillage et valorise tous les “petits apports” agricoles (source : INRAE, 2022).

Une anecdote gustative

Des habitants racontent encore l’époque où chaque ferme avait ses cochons pour l’autoconsommation ; la “tuaille du cochon”, moment fort de l’hiver, rassemblait voisins et amis, tout un rituel autour de la salaison, du boudin et des confits.

Le noyer et la noix du Périgord : patrimoine, goût et transmission

Impossible d’arpenter Veyrignac sans croiser quelques noyers : alignés en bordure de chemin ou épars au milieu des champs, ils rappellent que la noix fait partie du patrimoine et de l’économie locale, bien au-delà de la simple gourmandise.

  • Production familiale : Beaucoup de familles possèdent leur propre noyer, avec une récolte annuelle majoritairement destinée à l’autoconsommation ou à des ventes de proximité, parfois sur les marchés nocturnes de Gourdon et Sarlat.
  • Savoir-faire : La noix du Périgord (AOP depuis 2002) bénéficie dans tout le département d’une reconnaissance officielle, mais ce sont surtout les petites huileries artisanales qui perpétuent la tradition de la pression à la meule de pierre. À 20 minutes de Veyrignac, l’huilerie de Martel propose des visites pédagogiques passionnantes.
  • Chiffres : En Dordogne, 1 300 producteurs font vivre la filière, soit 16 000 hectares de noyers pour une production de plus de 10 000 tonnes par an (Chambre d’Agriculture de Dordogne, 2023).

Le potager familial : un art paysan du quotidien

Indissociable de la maison rurale, le potager reste une réalité bien vivante. Même chez les néo-ruraux venus s’installer dans le village, cette pratique renoue avec des gestes anciens.

  1. On y cultive tomates, poireaux, courgettes, salades, potimarrons, choux… Chaque saison impose son lot de récoltes et de recettes : la soupe d’hiver, la ratatouille d’été, ou les conserves de haricots dans leurs pots de verre.
  2. La réserve de graines fait l’objet d’échanges entre voisins. On se transmet encore, de génération en génération, “la graine de la grand-mère” pour certaines variétés de haricots ou de tomates.
  3. Le compost, nourri des déchets organiques de la maison, reste la règle et non l’exception.

Le potager familial constitue ainsi une formidable école de la patience, de l’observation et du respect des cycles naturels. Une pratique qui traverse les saisons et façonne les liens familiaux.

Foires, savoirs partagés et transmission : la vie agricole au village

L’attachement aux pratiques traditionnelles ne se joue pas uniquement dans les champs. À Veyrignac, la mémoire agricole se (ré)active lors de différents événements qui rythment l’année :

  • Les foires de printemps et d’automne sont des occasions de vendre plants, graines ou animaux de basse-cour et de partager des astuces éprouvées contre la sécheresse ou les parasites, avec parfois la venue de producteurs bio locaux (voir agenda municipal).
  • Les journées de débroussaillage collectives évoquent l’ancienne “fayoud(o)”, temps de coupe et d’entretien des communaux qui rassemblaient autrefois tout un hameau autour de la charrue ou de la faux.
  • Quelques associations de sauvegarde du patrimoine rural, comme “Au fil des saisons” (basée à Carlux, commune voisine), organisent encore des ateliers pour apprendre à greffer des arbres fruitiers ou à bâtir un muret de pierres sèches.

Le paysage : un livre ouvert sur les pratiques anciennes

Observer la campagne de Veyrignac, c’est lire à ciel ouvert l’histoire de ses pratiques agricoles. Voici quelques indices à ne pas manquer :

  • Les terrasses en pierres : souvent dissimulées sous la broussaille, elles témoignent du temps où chaque mètre carré était convoité pour la vigne ou encore les céréales.
  • Les séchoirs à tabac : petites granges de bois, parfois reconverties, elles rappellent que le Périgord fut un grand bassin de production dans la première moitié du XXe siècle (avec jusqu’à 20 000 hectares plantés en Dordogne dans les années 1950, selon INSEE).
  • Les cabanes en pierre sèche (“bories”) : abris pour bergers, outils ou provisions, elles s’égrènent le long des sentiers vers le hameau du Pech.
  • Haies denses et arbres isolés : refuges pour la biodiversité, ils sont l’héritage du modèle bocager, aujourd’hui défendu par des associations de réhabilitation (ex. "Paysages Inventés").

Entre héritage et renouveau : les défis d’une agriculture à taille humaine

Si certaines pratiques ont disparu – en particulier la vigne ou les grandes parcelles de tabac –, bon nombre de gestes ancestraux perdurent : polyculture, élevage mixte, gestion collective de l’eau… Mais l’avenir reste fragile.

  • Le vieillissement des agriculteurs est une réalité (52 % ont plus de 55 ans en Dordogne, Chambre d’Agriculture, 2023), la transmission des fermes et des savoirs devient un enjeu crucial.
  • Les jeunes installés privilégient souvent l’agriculture biologique (le bio représente 21 % de la SAU veyrignacoise en 2023) – une manière de reconnecter pratique ancienne et exigence écologique.
  • Des initiatives, comme le “café des semeurs” des villages voisins, œuvrent pour la circulation libre des pratiques et des variétés paysannes.

À Veyrignac, l’agriculture traditionnelle se vit donc comme un patrimoine à défendre, mais aussi comme un foyer perpétuel d’invention. Elle façonne l’esprit du village, tissant un lien unique entre paysages, traditions et convivialité rurale.

Pour poursuivre la découverte, n’hésitez pas à explorer les sentiers autour du village : chaque muret, chaque arpent de jardin, chaque bosquet raconte une histoire agricole en devenir.

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