Marchés de Veyrignac : un théâtre vivant des traditions périgourdines

28/10/2025

L’esprit du marché en Périgord Noir

Dans la lumière douce du matin, le cœur d’un village comme Veyrignac se réveille au rythme des étals colorés et des voix qui s’entremêlent. Ici, le marché ne se résume pas à la vente de légumes ou de fromages : c’est un rituel, une scène où se rejoue chaque semaine la mémoire du Périgord Noir. Le village de Veyrignac, niché entre Sarlat et Gourdon, accueille ainsi des marchés où authenticité, tradition et lien social demeurent plus vivants que jamais.

Le marché : une institution différente des autres

Parmi les 60 marchés hebdomadaires du département de la Dordogne (source : Dordogne-Périgord Tourisme), ceux des petites communes comme Veyrignac tiennent un rôle bien particulier. Ici, la taille modeste du marché – une quinzaine de producteurs et artisans, parfois moins en hiver – donne au lieu son caractère intime. Contrairement à Sarlat ou Domme, on n’y vient pas seulement faire des emplettes : on y retrouve ses voisins, on y échange les nouvelles du village, on se transmet les recettes, les conseils de jardinage et les histoires.

  • Lieux de sociabilité : Le marché, dans le monde rural, est le lieu où se resserrent les liens. À Veyrignac, la place du village redevient vivant grâce au marché : les anciens s’y installent sur les bancs, les jeunes aident à monter ou démonter les étals, et chacun y déambule sans hâte.
  • Un calendrier ancré dans les saisons : Les marchés de plein air rythment l’année : celui du dimanche matin d’avril à octobre, le marché gourmand d’été, et parfois les marchés d’automne organisés autour des châtaignes ou de la noix.
  • Un rôle économique évident : Les marchés représentent un débouché essentiel pour les producteurs locaux : selon l’Insee, 22 % des fermes de Dordogne écoulent une partie de leur production en vente directe sur les marchés.

Le terroir vivant sur les étals

Rien ne symbolise mieux le Périgord Noir que ses saveurs. À Veyrignac, le marché est un miroir du terroir, un festival de couleurs et de senteurs.

  • Les produits phares : Truffes (en saison), noix du Périgord AOP, magrets et confits de canard, fromages de chèvre des collines, pains au levain, confitures maison… Chaque producteur raconte une parcelle du territoire.
  • Le « local » avant tout : 95 % des marchands présents sur le marché de Veyrignac résident sur un rayon de 30 km. Cette proximité garantit la fraîcheur et la sincérité des produits (source : Chambre d’Agriculture Dordogne).
  • Un savoir-faire transmis : La “truffe du pauvre”, surnom donné ici à la pomme de terre sarladaise, côtoie la véritable Tuber melanosporum. Les gestes de préparation, qu’ils concernent le foie gras ou la noix, sont souvent transmis oralement sur les marchés, où les recettes changent de main tout autant que les produits.
  • Anecdote : Un producteur sur trois en vallée de Dordogne propose aujourd’hui une spécialité dont il est le seul détenteur dans la zone, qu’il s’agisse de pain à base de farine de châtaigne ou de miel issu d’abeilles noires locales.

Marchés festifs et marchés gourmands : la tradition se réinvente

À Veyrignac comme ailleurs dans le Périgord Noir, les marchés ne sont plus seulement des lieux de transaction : ils deviennent des événements à part entière.

  1. Le marché nocturne ou “marché gourmand” : Initié au début des années 2000 dans le Sarladais, il est devenu incontournable. Ici, on ne vient pas seulement acheter, mais partager un repas autour de grandes tablées dans la rue, dans un concert de langues mêlées et d’accents du Sud. À Veyrignac, ce rendez-vous d’été attire jusqu’à 300 personnes (source : Office de Tourisme Sarlat Périgord Noir).
  2. Les marchés à thème : Certains samedis, un marché “aux cèpes” ou “aux châtaignes” invite à redécouvrir des produits oubliés ou de saison, réactivant des traditions paysannes parfois menacées.
  3. Démonstrations et animations : On peut assister à une démonstration de “cavage” (recherche de la truffe avec chien), à des ateliers de fabrication de cabécou ou à des contes occitans pour les plus jeunes.

Ce renouveau, tout en attirant les touristes, maintient et ravive la convivialité villageoise et permet de transmettre, génération après génération, la passion du terroir périgourdin.

Des marchés au cœur du patrimoine vivant

Le marché fait partie intégrante de l’identité patrimoniale de Veyrignac. Bien plus qu’un simple rendez-vous commercial, il s’inscrit dans le patrimoine immatériel de la région, reconnu par l’UNESCO au travers des “repas gastronomiques des Français” (2010). Les marchés traditionnels du Périgord Noir, et notamment ceux de la vallée de la Dordogne, sont cités comme des gardiens de ces pratiques (source : UNESCO, Inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel).

  • Le rôle des savoir-faire : Découpage du foie gras, confection des conserves, taille des fromages : chaque geste, chaque outil présenté est un fragment du patrimoine qui se transmet sur le marché plus naturellement qu’en musée.
  • La langue et l'accent : Il n’est pas rare d’entendre des mots d’occitan sur les étals de Veyrignac. Le marché est l’un des rares espaces où l’on croise encore cette langue vernaculaire, précieux témoin de l’histoire locale (source : Institut Occitan).
  • Circuit-court et éthique : La relance des marchés villageois depuis les années 1980 a permis de préserver de nombreuses fermes familiales et de lutter contre la désertification rurale (près de 17 % des exploitations agricoles de Dordogne ont survécu grâce à la vente directe, selon Agreste 2022).

Ce que l’on transmet sur la place de Veyrignac

Sur le marché, transmission rime avec convivialité. Sous le tilleul du village, à l’ombre des platanes, quelques scènes inoubliables se reproduisent :

  • Une grand-mère explique, panier en osier à la main, la recette de la mique levée à une jeune maman installée depuis peu au village.
  • Un producteur de canard livre son “truc” pour réussir la cuisson des magrets, devant une troupe d’enfants narquois.
  • Deux anciens se rappellent, le regard perdu vers la Dordogne, les marchés d’antan où les échanges portaient parfois autant sur le bétail que sur les histoires d’amour naissantes.

Ces échanges, qui font le sel de la ruralité, permettent de comprendre pourquoi les marchés de Veyrignac ne sont pas un spectacle figé pour touristes, mais un creuset d’hospitalité et de savoir-vivre.

Pratique : à la rencontre du marché de Veyrignac

  • Quand ? Marché de plein air le dimanche matin de mi-avril à mi-octobre ; marché gourmand un vendredi soir sur deux en juillet-août (à retrouver sur le site de la mairie ou du Syndicat d’Initiative de la vallée).
  • Où ? Place principale du village, à deux pas de l’église Saint-Pierre et des jardins partagés, en surplomb de la Dordogne.
  • Quoi acheter ? Outre les produits phares cités plus haut, ne pas manquer la bière artisanale locale, le safran bio, le cabécou affiné, les galettes de sarrasin.
  • Astuces : Arriver tôt pour profiter des meilleurs produits, discuter avec les producteurs pour obtenir quelques secrets de préparation, et ne pas oublier son panier : ici, le plastique n’a pas la cote.

Été comme hiver, la tradition se fait avenir

Aujourd’hui, les marchés de Veyrignac illustrent l'équilibre délicat entre permanence et modernité. Saison après saison, ils continuent de tisser la trame d’un art de vivre qui conjugue partage, fierté paysanne, et ouverture aux rencontres. Si Veyrignac reste l’un des plus petits marchés du Périgord Noir en nombre d’étals, c’est sans doute l’un des plus vivants en âme – une promesse renouvelée au fil des générations : ici, la tradition n’est pas un vestige, mais un socle sur lequel rêver ensemble.

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